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    Peut-on mettre les plans de ses clients dans ChatGPT ?

    ÉL

    Émilie Le Goff

    Fondatrice de NIKITA

    1er septembre 20267 min
    Mis à jour le

    Peut-on mettre les plans de ses clients dans ChatGPT ?

    Pas dans la version grand public avec les réglages par défaut. Un plan, un DPGF ou un échange client contiennent des données couvertes par le secret professionnel de l'architecte et, dès qu'une personne physique est identifiable, par le RGPD. Dans ChatGPT gratuit avec les paramètres d'origine, vos conversations peuvent être conservées et utilisées pour entraîner les modèles. Envoyer le permis de construire de M. Durand avec son adresse dedans, c'est transmettre des données personnelles à un sous-traitant américain sans base légale ni information du client.

    La réponse complète est plus nuancée : ce n'est pas l'outil qui pose problème, c'est la configuration et ce qu'on y met. Un architecte peut utiliser l'IA au quotidien sur ses projets, à trois conditions.

    Condition 1 : la bonne version, les bons réglages

    Les versions professionnelles des grands outils (ChatGPT Team/Enterprise, Claude Pro, Mistral) s'engagent contractuellement à ne pas entraîner leurs modèles sur vos données. Sur les versions individuelles, un réglage désactive l'utilisation des conversations pour l'entraînement : il faut le faire, et le vérifier après chaque mise à jour.

    Trois vérifications avant de traiter des données de projet :

    • l'entraînement sur vos données est désactivé ou contractuellement exclu ;
    • l'historique est maîtrisé (conservation limitée ou désactivée) ;
    • vous savez où sont hébergées les données (des acteurs comme Mistral proposent un hébergement européen, argument qui compte pour les marchés publics).

    Condition 2 : trier ce qui part et ce qui reste

    Règle simple à afficher dans l'agence : l'IA reçoit le problème, pas l'identité.

    Peut partir vers une IA correctement configurée :

    • trames et modèles de documents (CCTP, comptes rendus, courriers types) ;
    • descriptions techniques anonymisées (« maison individuelle R+1, 140 m², zone sismique 3 ») ;
    • textes à reformuler dont on a retiré noms, adresses et montants sensibles.

    Ne part jamais, même sur un outil pro :

    • pièces d'identité, RIB, données de santé (dossiers d'accessibilité nominatifs) ;
    • documents confidentiels de tiers (offres d'entreprises en cours de consultation) ;
    • tout ce que votre client vous a demandé explicitement de ne pas diffuser.

    Entre les deux, les plans : un plan sans adresse, sans cartouche nominatif et sans repère géographique précis est une donnée technique, pas une donnée personnelle. Le réflexe : anonymiser le cartouche avant tout envoi, comme on le fait pour un dossier de concours.

    Condition 3 : une charte d'usage écrite

    Le risque principal dans une agence n'est pas l'architecte prudent, c'est le stagiaire pressé. Une charte d'une page suffit : quels outils sont autorisés, avec quels réglages, quelles données sont interdites, qui valide les cas limites. Sans document écrit, chaque collaborateur improvise sa propre règle, et vous découvrez l'usage à problème après coup.

    C'est un des livrables sur lesquels nous faisons repartir chaque architecte formé : une charte adaptée à sa structure, pas un modèle générique. Voir notre formation IA pour architectes.

    Que dit la déontologie ?

    Le code de déontologie des architectes impose le respect du secret professionnel (les informations confiées par le client) et le devoir de conseil. Utiliser une IA n'y déroge pas, au même titre qu'un logiciel de CAO dans le cloud ou une messagerie : l'architecte reste responsable des documents qu'il signe et des données qu'il fait circuler. Aucun texte n'interdit l'IA ; tous imposent d'en maîtriser l'usage. L'erreur de l'IA dans un document signé reste l'erreur de l'architecte.

    Et le RGPD, concrètement ?

    Dès que vos documents contiennent des données personnelles (nom, adresse, situation du client), leur envoi vers un outil d'IA est un traitement : il faut une base légale, une information du client, et un sous-traitant offrant des garanties (les versions professionnelles en fournissent, via leurs engagements contractuels). L'anonymisation en amont reste la solution la plus simple : une donnée anonymisée sort du champ du RGPD.

    Pour la mise en pratique sur vos pièces écrites, voir rédiger un CCTP avec l'IA, et pour le choix d'un organisme, comment choisir sa formation IA quand on est architecte. Sur les usages quotidiens, voir aussi le gain de temps en agence d'architecture.

    Questions fréquentes

    Non. L'IA produit des textes et des images ; elle ne connaît ni le site, ni le budget, ni les artisans, ni la faisabilité constructive, et elle n'engage aucune responsabilité. Elle déplace le temps de l'architecte de la rédaction vers la validation. Les tâches qui disparaissent sont les plus répétitives, pas le projet.

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