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    Architectes

    IA et déontologie : ce que l'Ordre des architectes demande

    ÉL

    Émilie Le Goff

    Fondatrice de NIKITA

    18 septembre 20267 min

    En juillet 2026, le Conseil national de l'Ordre des architectes (CNOA) a publié un rapport intitulé « L'intelligence artificielle et les architectes : concilier opportunités et déontologie ». C'est la première fois que l'institution formalise une doctrine d'emploi de l'IA pour la profession. Le texte ne condamne pas ces outils, bien au contraire : il reconnaît explicitement leur utilité pour la rédaction de documents, l'analyse d'offres ou l'appui à la décision. Mais il pose des règles.

    Si vous exercez en libéral, ou en tant qu'architecte d'intérieur indépendant, ce rapport vous concerne directement. Pas parce qu'un contrôle vous attend demain matin, mais parce qu'il fixe le niveau d'exigence que vos clients, vos assureurs et vos confrères considéreront désormais comme la norme. Voici ce qu'il faut en retenir, et surtout comment l'appliquer sans y passer vos soirées.

    Ce que dit le rapport du CNOA

    Le rapport relit le code de déontologie des architectes à la lumière de l'IA et articule ses recommandations autour de cinq domaines : la transparence, la responsabilité, la confidentialité, la propriété intellectuelle et le devoir de conseil.

    Le principe central tient en une phrase, que le rapport formule ainsi : l'intelligence artificielle n'est qu'un outil et ne peut en aucun cas se substituer au jugement de l'architecte. Autrement dit, vous restez seul responsable de ce que vous produisez, que le premier jet ait été rédigé à la main ou généré par un assistant IA.

    Le texte reconnaît par ailleurs des usages professionnels légitimes : génération d'images, aide à la conception, analyse d'offres, rédaction de documents, appui à la décision. C'est un point important : l'Ordre ne demande pas aux architectes de s'abstenir, il leur demande de garder la maîtrise. Il recommande d'ailleurs d'aborder le sujet de façon structurée : choisir ses outils en connaissance de cause, former les équipes, comprendre ce que font les modèles et encadrer les usages.

    Pourquoi cela vous concerne, même sans salarié

    On pourrait croire que ce type de cadre vise d'abord les grosses structures. C'est l'inverse. En exercice individuel, vous cumulez tous les rôles : celui qui choisit l'outil, celui qui saisit les données du client, celui qui signe le document final. Chaque principe du rapport se traduit donc par un geste concret dans votre propre journée de travail, sans filtre ni service juridique entre vous et le risque.

    Pour les architectes d'intérieur, qui ne relèvent pas de l'Ordre, le rapport n'a pas de valeur disciplinaire. Il constitue en revanche un excellent référentiel de bonnes pratiques, d'autant que les obligations de fond qui l'inspirent, comme le RGPD (le règlement européen sur la protection des données personnelles) et le règlement européen sur l'IA (l'AI Act), s'appliquent à tous les professionnels, inscrits à un ordre ou non.

    Les cinq principes, traduits dans votre quotidien

    Transparence : dire quand l'IA a participé

    Le rapport demande de garantir la transparence de l'utilisation de l'IA auprès des maîtres d'ouvrage. Concrètement, cela ne signifie pas annoter chaque paragraphe. Cela signifie que votre client ne doit pas découvrir par accident qu'un outil a participé à la production. Une mention dans vos conditions générales ou dans votre contrat de mission, expliquant que vous utilisez des outils d'IA comme aide à la rédaction et à l'analyse sous votre contrôle, suffit dans la plupart des situations. Sur un document sensible, un compte rendu de réunion contradictoire par exemple, la règle reste la même qu'avant l'IA : c'est votre relecture et votre signature qui engagent.

    Responsabilité : la relecture n'est pas optionnelle

    C'est le principe le plus structurant. Un CCTP (cahier des clauses techniques particulières) dont un article a été généré puis inséré sans vérification reste votre CCTP. Si une prescription est incohérente avec le projet, l'erreur vous est imputable exactement comme si vous l'aviez tapée vous-même. La conséquence pratique : traitez tout texte généré comme le travail d'un collaborateur junior brillant mais nouveau dans votre pratique. Il produit vite, il produit bien, et il doit être relu systématiquement, en particulier sur les valeurs, les normes citées et les références de documents.

    Confidentialité : ce qui entre dans l'outil compte autant que ce qui en sort

    Les données d'un projet appartiennent à votre client. Adresses, plans, budgets travaux, pièces d'un dossier de consultation : avant de les confier à un outil, vous devez savoir où elles partent et si elles servent à entraîner les modèles. Les versions professionnelles des principaux assistants permettent aujourd'hui de désactiver l'utilisation de vos données pour l'entraînement. C'est un réglage à vérifier une fois, puis à documenter. Nous avons détaillé ce sujet dans notre article sur la confidentialité des plans clients dans ChatGPT.

    Propriété intellectuelle : protéger votre création, respecter celle des autres

    Le rapport insiste sur la préservation de l'originalité des créations architecturales. Deux réflexes en découlent. D'abord, éviter de téléverser des documents protégés qui ne vous appartiennent pas, comme les pièces graphiques d'un confrère. Ensuite, garder à l'esprit qu'un contenu généré sans intervention créative humaine substantielle est difficile à protéger : votre valeur reste dans le parti architectural, l'arbitrage et la synthèse, pas dans le texte brut produit par la machine.

    Devoir de conseil : l'IA comme appui, jamais comme réponse

    Votre client vous paie pour un jugement professionnel. Le rapport rappelle que vous devez conserver en permanence la maîtrise des décisions. Utiliser un assistant pour préparer une analyse comparative des offres d'entreprises est légitime, et même reconnu comme tel par le rapport. Y déléguer le choix de l'entreprise ne l'est pas : l'outil prépare la matière, vous rendez l'arbitrage.

    Mettre sa pratique en conformité : une méthode en quatre étapes

    La bonne nouvelle, c'est qu'une mise en conformité sérieuse tient en quelques heures de travail, une fois pour toutes.

    Étape 1 : inventoriez vos usages réels. Listez les tâches où l'IA intervient déjà chez vous : comptes rendus de chantier, courriers, trames de CCTP, descriptifs, analyse de devis. Pour chacune, notez quel outil est utilisé et quelles données y transitent. Ce simple inventaire répond déjà à la recommandation du CNOA d'encadrer les usages plutôt que de les subir.

    Étape 2 : verrouillez la confidentialité. Sur chaque outil de l'inventaire, vérifiez le réglage d'entraînement des données, privilégiez un abonnement professionnel et posez une règle simple pour les données sensibles, par exemple l'anonymisation des noms et adresses dans les documents de travail.

    Étape 3 : formalisez la transparence. Ajoutez une clause courte à votre contrat type ou à vos conditions générales. Une phrase honnête et claire vaut mieux qu'un paragraphe juridique dissuasif.

    Étape 4 : écrivez votre règle de relecture. Une page suffit : ce que l'IA a le droit de préparer chez vous, ce qui est toujours vérifié avant envoi, et les points de contrôle systématiques (normes, chiffres, noms propres, références). Cette page constitue votre charte d'usage. Le jour où un client, un assureur ou un confrère vous interroge, vous avez une réponse écrite.

    Si vous souhaitez un regard extérieur sur cet état des lieux, c'est précisément l'objet d'un audit IA : cartographier vos usages, identifier les risques et prioriser les gains de temps.

    Un cadre qui légitime vos gains de temps

    Il serait dommage de ne lire ce rapport que comme une liste de contraintes. En reconnaissant noir sur blanc la rédaction de documents et l'analyse d'offres comme des usages professionnels de l'IA, le CNOA valide ce que beaucoup d'architectes libéraux constatent déjà : sur les comptes rendus, les pièces écrites et les tâches documentaires, un usage bien encadré est susceptible de libérer plusieurs heures par semaine, à qualité égale ou supérieure. Nous avons décrit une méthode complète pour les comptes rendus de chantier, souvent le meilleur point de départ.

    Le message de l'Ordre est finalement celui du bon sens professionnel : l'IA oui, l'IA non maîtrisée non. Et la maîtrise, cela s'apprend.

    Se former pour pratiquer sereinement

    C'est exactement le rôle de la formation NIKITA « L'IA dans votre pratique d'architecte et d'architecte d'intérieur » : 18 heures en classe virtuelle, conçues pour les architectes libéraux et les architectes d'intérieur indépendants, qui couvrent à la fois les méthodes de travail (comptes rendus, pièces écrites, analyse d'offres) et les règles du jeu (confidentialité, vérification, transparence). À la clé : des usages efficaces et conformes à l'esprit du rapport du CNOA. Cette formation est par ailleurs susceptible d'être prise en charge par le FIF PL au titre de la formation continue des professionnels libéraux, sous réserve des critères en vigueur.

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